Bienvenue à BoboLand

 


Dans quel monde Vuitton ?

Dernier opus en date de la team de choc Dupuy/Berberian, sorti des caves de Fluide Glacial, Bienvenue à BoboLand est une bande dessinée aussi maligne que caustique, un tir au sniper sur une société bouffone qui fait rire jaune...

Mine de rien, au fil des années, le duo composé de Dupuy et de Berberian (tous deux scénaristes ET dessinateurs !) a su s'imposer pour finalement devenir aussi reconnaissable et populaire que les belles planches de Manu Larcenet, l'absurde mythique et foutraque d'Edika, ou encore les hénaurmes gags de Maester. Leur dernière oeuvre est loin d'être anodine : si Bienvenue à BoboLand n'est pas d'une affreuse virulence, l'album a au moins le mérite de plomber les ailes d'un monde qui ne tourne que selon la présumée beauté de son plumage, tout en puant grassement du bec... Personnages génialement antipathiques, tronches à baffer reproduisant à la perfection les gestes des plus superficiels zouaves de notre siècle nouveau, histoires pleines de réalisme teinté d'une jolie ironie, sens du bon mot, autant dire que ce portrait sociétal est des plus réjouissant ! Le dessin volontiers caricatural se mêle ainsi à des scénarii illustrant avec lucidité les tendances périssables, préoccupations stupides et discours dérisoires qui font de cette société ce qu'elle est : un terrible attrape-couillons !

Personne n'est épargné ici, des éternels consommateurs écervelés aux artistes hype ne reculant devant aucune absurdité soi-disant transcendantale. De cette manière, tout tourne autour des blablatages toujours coutumiers : l'achat soi-disant bio, les niouzes pipole, l'équitable, le mobilier tendance de plus en plus arnaco-toc... Pour résumer, c'est à celui qui deviendra le plus fashion, le plus "dans le vent"... et donc le plus ridicule. Les bobos ont remplacé ces Envahisseurs qui, jadis, harcelaient le pauvre David Vincent. La musique FM se voit représentée sous la forme d'une soupe rance aussi militante qu'un lecteur d'Elegy, quand elle ne cause pas directement la mort de ceux qui ont le malheur d'y poser les oreilles. De détestables personnages branchés conversent sur de diverses futilités, plus inquiétés par les fruits du commerce, le succès provisoire ou l'achat "soldé à donf" que par l'expression de leurs probables sentiments et la démonstration d'une certaine humanité. Une charge d'autant plus rigolote qu'elle fonctionne également sur l'auto-dérision, Berberian se définissant lui même comme un bobo incurable !

D'une hilarante caricature de Renaud ("Putain la guerre c'est pas bien, tatatin/En Afghanistan, les Talibans, le Liban, la guerre c'est embêtant, tatatan") à la peinture jouissive des phénomènes actuels (le book crossing, l'high tech le plus tape-à-l'oeil, les bars stylés), jusqu'à la dénonciation du milieu hypocrite de l'édition, c'est en somme toute l'inquiétante régression d'une société moderne qui est mise en avant par Dupuy/Berberian. Une société où règne l'apparence, la consommation excessive, l'impersonnalité et l'inhumanité. Même les pingouins causent du choix primordial d'un bon restau ! Un doute existentiel s'il en est...

Ouvrage conseillé donc, que cet opus prenant l'héritage des grandes heures de Fluide, celles où Gotlib et Binet ne s'empêchaient pas de dire les choses comme elles sont, par le biais de la satire salvatrice. Ceci dit, il ne faut pas nier l'apport d'une précieuse Claire Bretécher (maman  des Frustrés et d'Agrippine), dont les cruelles planches d'antan saignaient déjà à blanc une certaine populace pré-boboisante et cynique. Enfin, détail tout de même essentiel : croyez-le ou pas, mais c'est drôôôle, nondidiou !
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